Le séjour à Paris arrive à son terme, la batterie du portable devrait tenir le temps des 2 heures du voyage pour que je puisse écrire le compte rendu de la rencontre avec Valérie Pécresse.
Tout d’abord mettez vous dans l’ambiance parisienne. Direction le garage, mettez votre voiture en marche et laissez le temps aux gaz d’échappement de remplir la pièce. Gardez le moteur allumé pour le bruit et imaginez que vous êtes interpellé toutes les 15 minutes par un sdf pour 1 euro puis par un étudiant qui veut vendre son calendrier puis par un gars qui veut savoir si vous cherchez un boulot. Ca y est vous êtes dans l’ambiance parisienne.
Après un tour dans les rues de Paris, j’ai retrouvé les blogueurs dans une salle de réunion du ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur. Nous avons été accueilli par Anne-Sophie Beauvais, Edouard de Pirey, Bernard Benhamou et une coupe de champagne. Une courte attente puis Valérie Pecresse est arrivée, on s’est mis à table.
En bon élève timide mais appliqué je n’ai quasiment pas parlé mais j’ai pris des notes pendant tout le repas, le compte rendu ci dessous est donc quasi intégral et si on le lit lentement ce sera en temps réel (le repas a duré 2 heures).
La ministre s’est présentée. Ancienne Juge elle a été co-auteur d’un rapport sur le droit sur Internet. En 98 Chirac traumatisé par l’expérience du mulot lui demande de se pencher sur le sujet pour savoir ce qu’on peut en faire. Comme tout le monde le sait Chirac est fan de Sumo et un l’usage principal d’Internet à l’Elysée est alors de connaître en temps réel les résultats de ce sport. Ca met dans l’ambiance… Le ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur est aussi chargé des usages d’Internet (voir la liste de ses attributions), Bernard Benhamou, le délégué des usages d’Internet était avec nous (à mon retour j’ai Googlé Mr Benhamou il a un CV bien rempli, on apprend un peu plus sur son rôle dans une interview sur le Journal du net, En discutant avec lui on comprend rapidement qu’il a une très bonne culture générale sur Internet). C’est, entre autres, pour communiquer dans ce sens que nous avons été invités (la récente actualité sur les universités aurait un peu étouffé cette charge du ministère).
Nos avons commencé par la démocratisation d’Internet en commençant par les étudiants. L’opération un PC pour 1 euro par jour a permis de passer le taux d’équipement des étudiants de 9% à 50%, ces résultats ne satisfont pas Mme Pécresse qui veut atteindre le seuil de 80%. Sont venus ensuite les salariés, grâce à un amendement permettant aux entreprises de donner à ses salariés les anciens PC (souvent en bon état de fonctionnement) le gouvernement espère faire entrer l’informatique dans tous les foyers. L’idéal serait d’étendre ce système aux administrations mais il y a de gros problèmes à contourner car ce qu’achète l’administration est inaliénable… Après les étudiants et les salariés on est arrivé à l’implication de l’informatique dès le plus jeune age ce qui pour moi est primordial, il faudrait apprendre a écrire sur papier et au clavier en même temps. Après avoir discuté de la France d’en bas Valérie Pécresse nous a raconté que les Echos avait sorti une édition écrite par les politiques et que la rédaction avait du mettre un journaliste derrière la plupart des politiques pour rédiger les articles au clavier, et là on se dit que c’est pas gagné… si la plupart des politiques ne savent pas utiliser un ordinateur on peut s’attendre au pire s’ils commencent à rédiger des lois pour le web.
Sujet suivant : l’internet mobile. Apparemment c’est un sujet sensible, le ministère n’ayant pas le droit d’utiliser les blackberry pour des raisons de sécurité, Valérie Pécresse a des problèmes pour lire ses mails sur son portable. Et quand le chef n’est pas content c’est les adjoints qui trinquent ;) Tout le monde est plus ou moins d’accord que ce sera une grosse part du web dans l’avenir.
Petite anecdote en passant, l’informatique au ministère ça n’a pas l’air d’être au point, il a fallu 2 jours lorsque l’équipe est arrivée pour avoir des ordinateurs sur les bureaux. Et la question qui s’est posée : comment faire les courses alors ? Ben oui, les journées sont longues et ils n’ont pas le temps d’aller dans le Auchan du coin…
On est arrivé sur la blogosphère, les absents qui ont toujours tord ont du avoir les oreilles qui sifflent. La ministre a appris que Le Meur avait rencontré Bush, sa réaction : “c’est un sacré virage à droite“. De Le Meur on est arrivé à Twitter avec une tentative d’explication du micro blogging… pas évident…
La discussion s’est ensuite portée sur la stratégie des politiques sur le Web, notamment avec le duel Delanoé/Panafieu (un sujet très parisien). Panafieu est excusée pour sa médiocre présence sur le web car elle n’a pas le budget de la mairie de Paris comme Delanoé. Valérie Pécresse considère quand même que Delanoé est fort sur le web. Fin du court entracte politique.
Le gros sujet suivant était la gestion de l’identité numérique. Tout le monde semblait d’accord sur le fait qu’il faut former les plus jeunes à faire attention à ce qu’ils écrivent ou mettent en ligne. Mais il ne faut pas oublier les plus vieux (ceux nés avant 1990) qui n’ont pas toujours conscience que le web a une mémoire parfois très longue et très précise. La formation des juges et des avocats est arrivée sur le tapis… Ce qui annonce un dîner avec Rachida Dati ? La gestion de la réputation touche aussi les politiques, il y a 10 ans un politique qui disait une bêtise n’était pas grillé à vie comme aujourd’hui, La ministre pense que ça permettra peut être un renouvellement plus rapide du paysage politique (puisse-t-elle être entendue !!). La conclusion : il faudrait un droit à l’oubli (ce qui me semble utopique sur Internet).
On arrive sur l’usage d’Internet. Les étudiants vérifieraient ce que disent les profs, histoire de leur faire remarquer quand ils se trompent ! Wikipedia est une référence pour beaucoup de monde, si c’est dans Wikipedia c’est que c’est vrai. La validité des infos trouvées sur le web est remise en question. Et moi qui pensais que tout ce qu’on pouvait lire était vrai, Internet me déçoit ;)
La question de la fin est pour Eric Dupin : Quid des micro-revenus sur le Web ? Pour réellement lancer l’économie du web en France il faudrait que la législation soit claire. La question qui tue : quel est le seuil pour des micro-revenus ? à mon avis il faut prendre un % du smic et non un montant fixe, sinon dans 10 ou 20 ans ce sera obsolète. Si la fiscalité reste simple pour des micros revenus restant sous le smic (pas d’urssaff, et diverses cotisations juste une ligne sur la déclaration de revenus un peu comme les revenus boursiers) je pense que pas mal de gens pourraient commencer des business sans avoir à monter de structure (c’est toujours trop complexe), la question de monter une structure ne se pose que lorsque le business commence à croître… Si croissance il y a. Valérie Pécresse s’est engagée à travailler dans notre sens et moi je m’engage à suivre les avancements des travaux.
Tout ça serait trop sérieux sans quelques vraies infos. Saviez vous que Valérie Pécresse boit du Coca Light ? Je pensais que dans les ministères on disait “Mr Le Président” en mettant la main sur le coeur, mais non on dit “Sarko” comme partout ! Quand la ministre parle, ses conseillers n’arrêtent pas de conseiller, c’est comme le correcteur orthographique de Word, c’est difficile à arrêter et parfois il corrige des fautes imaginaires ! Contrairement à ce que j’imaginais, au ministère, ils sont loin d’être déconnectés de la vraie vie économique, la première impression est importante, ils m’ont fait une bonne impression. J’avais lu que Valérie Pécresse prenait les gens de haut, et ben non… L’administration c’est lourd, très lourd, pour faire certaines réformes qui semblent simples sur le papier il faut parfois convaincre l’OMC puis Bruxelles avant de pouvoir commencer à bosser. Je n’ai pas appris de secret d’état, je suis déçu. Dans le protocole, la ministre est servie en dernier, comme ça elle ne mange pas froid (ah non, on me dit dans l’oreillette que c’est parce que l’hôte est servie en dernier).
C’est la première fois que je rencontre autant de blogueurs. En fait ils se connaissent tous, s’aiment ou se détestent, sont presque tous invités au Web3 (et moi on m’a oublié !)… J’ai appris pas mal de choses sur ce qu’il se passe en dehors de la vie virtuelle, Voici ou Ici Paris n’ont qu’à bien se tenir ;)
La rencontre s’est terminée là avec la consigne de ne pas faire de compte rendu, je vous demande donc de tout oublier.
PS : désolé pour la qualité médiocre de ce compte rendu, je n’aime pas la façon dont il est écrit mais je n’ai pas le temps ni l’envie de tout reprendre…
Certains blogueurs présents ont aussi donné leur avis :
Posted by Arnaud Jeulin / Récréation